Sensibilisation à la lutte contre le commerce illégal des grands singes

I/ L’urgence à agir pour la protection des grands singes, menacés d’extinction d’ici 25 à 50 ans

Vivant dans les forêts de 23 pays d’Afrique et d’Asie du Sud-est, les grands singes ont subi une baisse spectaculaire de leurs effectifs ces cinquante dernières années. Regroupant sept espèces de primates, les grands singes se distinguent des 500 autres espèces par leur grande taille, une absence de queue et un gros cerveau compte tenu de leur corpulence. Ils possèdent également une communication très développée, une longue espérance de vie et un faible taux de reproduction. Leur cerveau, volumineux et complexe, permettrait aux grands singes de présenter des capacités cognitives et des comportements inédits et autrefois pensés comme spécifiquement humains, à savoir la fabrication et l’utilisation d’outils, la conscience de soi, une mémoire importante, la chasse coopérative ou encore la communication symbolique.

Evaluées autour de 700.000 individus dans le monde en 2018, cinq espèces (sur sept) de Grands singes sont classées « en danger critique d’extinction » sur la liste rouge des espèces menacées, dressée par l’Union internationale pour la conservation de la nature : deux espèces de gorilles (gorilles de l’Est et de l’Ouest) et trois espèces d’orangs-outans (orangs-outans de Sumatra, de Bornéo et de Tapanuli). Les deux espèces de chimpanzés, les chimpanzés communs et les bonobos, sont classées dans la catégorie « en danger » de la liste rouge. Le dernier rapport mondial de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), publié en mai 2019, s’inquiète également de la disparition rapide et alarmante de ces grands mammifères. En janvier 2018, dans la revue « Science Advances », trente et un primatologues ont alerté sur l’extinction de masse de ces animaux emblématiques d’ici vingt-cinq à cinquante ans, si rien n’était fait pour réduire rapidement les pressions humaines sur les primates et leur habitat.

II/ Braconnage, commerce illégal et détention des grands singes par des particuliers

Les menaces qui pèsent sur les grands singes sont connues : braconnage, commerce illégal, maladies, conflits, réduction et fragmentation de l’habitat naturel ainsi que destruction des écosystèmes forestiers (conversion des forêts tropicales en terres agricoles, urbanisation, multiplication des sites, camps et routes d’exploitation forestière et minière). Or la crise sanitaire mondiale liée à la Covid-19 a démontré l’urgente nécessité de lutter contre la dégradation des écosystèmes naturels pour réduire les risques de zoonoses.

Le braconnage et le trafic organisé de gorilles, chimpanzés, et orangs-outans prend de multiples formes. A la capture opportuniste d’individus sauvages par des chasseurs ou par des agriculteurs cultivant à la lisière de leurs habitats, s’ajoute un trafic aux pratiques plus sophistiquées et méthodiques. De façon générale, les adultes sont tués pour leur viande alors que les petits sont récupérés et vendus sur les marchés à des citadins.

Des réseaux criminels internationaux répondent également à une demande de divertissement personnel ou touristique. Dans les pays d’habitat des grands singes, mais également à l’international, les très jeunes orphelins, chimpanzés, orangs-outans ou bonobos, sont exploités dans des structures plus ou moins grandes, hôtels, restaurants, pseudo-refuges ou zoos, pour attirer la clientèle ou bien dans des mini-zoos privés. Les individus juvéniles sont utilisés comme animaux de compagnie et de divertissement, souvent exhibés sur les réseaux sociaux.

Lorsqu’ils atteignent la fin de leur enfance ou l’adolescence, vers 6 à 10 ans, ils deviennent incontrôlables et doivent être alors placés en cage ou dans des enclos pour le reste de leur vie. Il sera généralement impossible de les relâcher en milieu naturel s’ils ont vécu parmi les humains. Ces animaux sont donc condamnés à vivre toute leur vie enfermés et nourris par des humains.

Les Grands Singes sont pourtant inscrits à l’Annexe 1 de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), qui en interdit le commerce. Depuis son entrée en vigueur en 1975, l’objectif de la CITES est de garantir que le commerce international des animaux et plantes inscrits dans ses annexes, vivants ou morts, ainsi que de leurs parties et de leurs produits dérivés, ne nuise pas à la conservation de la biodiversité et repose sur une utilisation durable des espèces sauvages.

III/ Que faire et ne pas faire en cas de découverte d’un grand singe en vente ou présenté dans un lieu public ?

Dans le cas où des animaux vivants ou de la viande de grands singes sont observés dans des lieux publics (rue, marché, hôtels, restaurants, aéroports…), il est indispensable de les signaler immédiatement à l’organe national de gestion de la CITES, qui est le plus souvent le ministère en charge de la faune et de la flore du pays de résidence. La liste des autorités compétentes par pays peut être trouvée à l’adresse suivante : https://www.cites.org/eng/cms/index.php/component/cp

Il est formellement déconseillé, souvent interdit par la législation du pays d’accueil, à tout citoyen français résidant à l’étranger, touriste et agent du réseau d’acheter un animal. Si cette attitude peut répondre à un sentiment de compassion immédiat, elle participe à développer le trafic.

Pour mémoire, en France, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 8 août 2016 a considérablement renforcé les sanctions relatives au commerce illégal de la vie sauvage. Les amendes pour le trafic illégal d’espèces protégées ont été décuplées, passant de 15.000€ à 150.000€ pour un délit simple et plus de 750.000€ en cas de trafic en bande organisée. Les peines de prisons ont également doublées (de 1 à 2 ans pour un délit simple et 7 ans en cas de délit en bande organisée).

Il est également recommandé de ne pas prendre et diffuser de photos ou selfies avec des grands singes quelques soient les circonstances, y compris lorsque ces prises de vue sont organisées dans les hôtels, parcs d’attraction et zoos. Cela contribue à véhiculer l’idée que les grands singes pourraient être des animaux de compagnie, pouvant vivre au contact des humains, et encourage les structures à se procurer de nouveau de jeunes singes dans le milieu sauvage pour poursuivre ces pratiques lorsque les plus âgés deviennent trop dangereux.

Crédit photographique : Dawn Armfield - Unsplash.

Dernière modification : 03/08/2020

Haut de page